Ode au voyage

« Les voyages forment la jeunesse », écrivit Montaigne il y a plus de quatre siècles et ça reste toujours l’adage de raison pour beaucoup de gens, amoureux de l’aventure et de la découverte des contrées les plus lointaines, sauvages, mystérieuses. Cela fait rêver plus d’un. Cependant, être né(e) dans un continent pauvre, meurtri par les fléaux et les conflits les plus atroces, spoliée de ses richesses, parfois même oublié par l’histoire, voyager s’est toujours fait « métaphoriquement ». Quand on dispose d’un dollar par jour et qu’avoir un livre est une aubaine à Niamey ou à Tombouctou, c’est une chance de plus pour ces petits enfants qui n’ont pas cessé de voyager à travers ces livres apportés par des charitables philanthropes communément appelés « les membres d’ONG ».
Enfant, la lecture a été pour moi une évasion, une escapade vers un monde « meilleur », une découverte fascinante de nouveaux horizons. Mon père n’a jamais cessé de nourrir cette passion en moi (il avait beaucoup voyagé lui-même étant jeune). Je dévorais des encyclopédies sur l’histoire de l’Amérique, d’Europe, d’Asie, d’Océanie et Antique. Mes héros étaient Simon Bolivar, un certain George Washington (il n ‘a rien à envier à son compatriote actuel G.W. Bush) confronté à un Sitting Bull puissant. J’ai découvert les atrocités les plus ignobles commises à l’égard de certains peuples au nom de la mission la plus civilisatrice de convertir ces païens à la religion chrétienne. Un terrible sort qu’a subi de millions d’esclaves déportés vers le nouveau monde. Mais aussi ce qu’ont enduré les Aborigènes d’Australie pour en citer d’autres. Cela n’a pas moins renforcé mon désir d’apprendre encore plus sur l’histoire humaine, la vérité sur une histoire mainte révisée et réécrite pour donner justice à tout les oubliée(e)s de la terre. En grandissant, ma découverte s’est de plus en plus développée grâce à « Thalassa » sur France 3 ou encore « Lonely Planet » ou l’on découvre des peuples divers, différents de moi, d’autres qui sont comme moi, mais que je découvre sous un nouveau jour. J’ai appris que les hommes sont égaux durant ces multiples voyages, que l’homme noir n’est pas moins intelligent, plus physique ou autre imbécile, moins beau que l’homme blanc. Cela a renforcé une fierté que je n’aurais pas senti en tant qu’arabe, encore moins tunisienne.
Ayant été élevé dans la musique noire en particulier le Reggae et le Soul (la vraie nourriture de l’esprit), côtoyé des étrangers à l’école ou à l’université, et enfin mon premier voyage en Europe de toute ma vie (une chance pour moi) m’a encore plus ouvert les yeux sur d’autres cultures. Etre méditerranéenne est une expérience extraordinaire : ce « melting pot » de cultures différentes les unes des autres mais aussi très identiques. Cela m’a permis de m’ouvrir plus sur le monde extérieur. Le choc n’en était pas plus de découvrir un pays comme le Royaume Uni ; totalement différent du mien avec sa culture très « étrange » : la culture anglo-saxonne. Heureusement, être angliciste m’a beaucoup aidé à amortir le choc au moins pour l’instant, sans pour autant subir l’effet « boomerang » que les médias s’amusent à utiliser tous les jours. La fascination pour l’autre, celui qui est différent de moi n’est pas un tabou pour moi à condition que cela n’affecte pas mes convictions qu’elles soient d’ordre moral, éthique, politique, religieux. L’Angleterre m’a fasciné et je trouve que c’est très dommage qu’on dénigre ce peuple pour son flegme, ses traditions très désuètes. C’est la que réside tout le charme de ce peuple très excentrique, qui ont un très bon sens de l’humour et surtout leur ouverture sur des cultures différentes de la mienne. Londres est une ville très cosmopolite avec plus de 300 langues parlées et 14 religions pratiquées ; toutes aussi différentes dans cette métropole jadis le centre du plus grande empire du 19ème et 20ème siècle.
Au nouveau millénaire, le monde n’a cessé de changer (et ce n’est certainement pas le 11 septembre 2001 qui est la cause) et les voyages se font de plus en plus souvent : devant son poste d’ordinateur, sa télé. Internet a certes facilité cette communication mais rien ne vaut une rencontre plus « humaine » entre les gens. Les échanges culturels se sont accélérés grâce à Internet et bien évidemment tout ceci sera impossible sans les médias sous toutes ses formes, qu’elles soient écrites, audio ou visuelles.

Houda Mzioudet
Tunis. Tunisie.
Septembre 2002.

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